Un rêve

Je fais le rêve d'une grande et solide bâtisse. Peu importe sa localisation. Peut-être ancrée sur un piton rocher battu par les flots, peut-être à l'intérieur des terres, posée au sommet d'un colline, ou même nichée au bord d'un cours d'eau, à l'écart de la grand route.

Au coeur de cette maison, une salle immense, plus ou moins bien éclairée (on n'en distingue point le plafond). L'âtre, qui en est le centre, est si vaste qu'on pourrait y faire entrer un cheval. Tout autour, arrangés en désordre, des fauteuils, des canapés profonds, un fouillis de tables et de tabourets enchevêtrés, des alcôves, de hautesfenêtres où se penchent des arbres feuillus : chênes, hêtres, frênes, peupliers et bouleaux. Quand le vent souffle, la symphonie des branches rugit au coeur de l'âtre rougeoyant.

Un grand escalier mène à une coursive aux plafonds boisés, desservant des chambres chichement meublées où la chaleur du foyer n'entre pas.

Dans la grande salle cohabitent des êtres disparates qui ont cependant un point commun : ils ont tous, sans exception, connu les morsures de la vie, enduré de multiples tempêtes et n'ont plus aucun espoir, aucune illusion. Il ne leur reste que la maigre solidarité des épaves rassemblées sur un bout de côte par le vent et les marées. Mais ils sont endurcis. Il leur reste aussi au fond des yeux -on peut la distinguer- comme une lumière que rien ni personne n'a jamais pu éteindre. Malgré leur silence et la pâleur de leurs corps fatigués, ces êtres sont bien vivants.

Certains sont occupés à peindre d'étranges fresques sur les murs, d'autres, penchés sur des pupitres, s'ingénient à dessiner des paysages ou des personnages minuscules à l'aide d'encre de chine ; d'autres s'occupent à déchiffrer des parchemins, ou à écrire des débuts de romans sans suite. Certains, assis à même le sol, immobiles, les yeux fermés, restent des heures à contempler les poussières d'étoiles qui parcourent leur vide intérieur. Dans un coin, un couple danse. Quelque part, peut être dans une autre pièce, une corde de guitare vibre.

Il n'est pas ou plus  question de vivre une vie de plénitude et de plaisir dans la grand maison isolée du monde. Il est, tout simplement, question de recréer le monde.


21/12/2011
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