La petite patate


Il était une fois une petite patate, qui rencontra un jour un bon gros doryphore gaiement paré. La jeune et petite patate avait la chair bien tendre et s’ennuyait ferme au milieu d’un champ pas toujours arrosé. Elle aurait bien aimé converser avec ces consœurs patates, mais les trouvait un peu obtuses à ses grandes idées. Elle était attirée par tout ce qui volait, et maudissait Dieu de l’avoir faite plante prisonnière de ses racines. Le doryphore lui fit la cour : la patate était aux anges et se donna sans barguigner :

 

« Viens, beau doryphore ailé, viens donc un peu m’égayer. Je t’accueillerai, dans mes feuilles : tu pourras te réchauffer, et même si tu veux, tu pourras en manger ! »

 

Il faut dire que la petite patate était vraiment jolie, avec sa peau fine et dorée, mais un peu sotte, il est vrai. Personne ne lui avait expliqué ce que font les doryphores aux patates une fois qu’ils s’y sont posés. Ou peut-être lui avait-on dit, à l’école des petites patates, mais elle avait oublié… Mais peu importe. La petite patate fut heureuse tout une saison : c’était si beau de voir le doryphore autour d’elle voleter dans son beau costume rayé.

 

« Viens avec moi », lui disait-il « Jusqu’en Inde et plus loin encore je t’emmènerai. Tu en verras du pays, ma petite patate, accrochée à mes ailes déployées. »

 

Et le doryphore emmena la petite patate. En Inde, que non pas, mais dans son repère sordide aux carreaux fêlés. Car il la voulait rien que pour lui, pour mieux s’en régaler, et l’enferma soigneusement, à grands coup de cruauté, pour mieux éloigner tous les autres insectes qui auraient pu l’admirer. Puis il éteignit les lumières de son faux costume. Il se posa sur la pauvre petite patate, toute éberluée, et se mit à la déguster.

 

Mais un jour -elle avait beaucoup maigri, la très petite papate leva le nez, et par une fenêtre cassée, elle vit un papillon qui passait par là.

 

« Papillon, emmène-moi ! Vois-tu, je ne peux pas m’envoler. Mais je suis légère tu sais : à moitié morte et vidée ».

 

Le papillon, pris de compassion, aida la patate à s’envoler. Puis il la laissa tomber au sol, car il ne savait que faire d’une pauvre petite patate proche du décès.

 

Le doryphore ne retrouva jamais la petite patate, mais la petite patate ne se remit jamais.



10/08/2011
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