Of dogs and men

Je dois beaucoup aux chiens.

 

Je garde des plus anciens un souvenir ému. Ce sont eux et non les hommes qui m’ont appris le respect -qui n’est pas soumission-, l’affection véritable -qui n’est jamais gratuite- et le sens de la justice -qui est toujours droit.

 

Tout enfant, ils ont été mes compagnons de jeux et d’infortune. Ils m’ont montré que la révolte ouverte ne mène à rien : je finis donc par accepter de tenir sur deux jambes. J’ai ainsi découvert les promenades avec les chiens. Ils couraient quand je marchais, mais savaient revenir ; ils connaissaient les limites. Ils n’étaient jamais dupes quand je leur lançais un bâton ou une balle. Ils s’adonnaient parfois à l’exercice stupide, non pour me complaire, mais pour partager des instants de joie pure -ou mieux, une part de mon goûter. Ils recevaient des coups de pieds ou de trique, et moi des claques ou des coups de pantoufle : un sentiment de solidarité s’est tout de suite installé entre eux et moi. J’étais révoltée à la vue de leur gamelle composée essentiellement d’eau grasse et de pain mouillé. Ils m’accueillaient entre leurs pattes pour me protéger de l’insondable méchanceté des humains. Quand j’éclatais en sanglots, ce n’est pas par compassion qu’ils me léchaient le visage. Peut-être appréciaient-ils le goût salé de mes larmes. Peut-être pensaient-ils, à leur manière, soigner mes invisibles blessures.

 

Les chiens m’ont appris l’utilité d’une certaine forme de communication : sans leur exemple, je n’aurais jamais accepté de parler avec mes congénères.

 

On dit beaucoup de stupidités sur les chiens. Par exemple, que ce sont des animaux malpropres -tous les animaux sont malpropres, y-compris les humains aux mains blanches et au cœur noir. On aime aussi répéter que le chien est servile quand le chat est indépendant, etcetera… etcetera. Mais dès qu’un chien se rebelle, mord un enfant ou égorge un agneau, on fait piquer la bête coupable. On oublie que le chien est… seulement un chien. On peut le dresser sous prétexte de l’éduquer et en faire l’être névrosé qui va supporter la vie en appartement, les courtes promenades en laisse et la nourriture insipide préconisée par le vétérinaire (et surtout… très bon marché : on veut avoir un chien, mais il ne faut pas que cela coûte). Or le chien mérite non seulement notre respect, mais notre humilité : qui donc l’a modelé « chien » au cours des millénaires ? En réalité, il n’est qu’un loup dressé. Tout un chacun devrait admirer les loups : nous devons beaucoup aux loups.

 

Le chien que vous pensez posséder, que vous avez peut-être même acheté comme une vile marchandise, ne vous appartient pas plus que le chat, à propos duquel on dit si facilement : « Ce n’est pas moi qui ai l’ai choisi, c’est lui qui m’a choisi », ou bien « Je n’habite pas chez moi, j’habite chez mon chat ». Quelles sornettes !

 

L’humain possède cette particularité de toujours vouloir mettre les objets du monde et les êtres qui l’habitent dans des cases. Concernant les chiens, on les met à la niche. Mon chien (que je ne possède pas) n’a pas de niche, mais une maison : celle où j’habite. Notre vie commune est faite de compromis : j’admets qu’il ait envie de se rouler dans une charogne, mais il admet que je le lave (modérément). Et ainsi de suite…

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octobre 2010



17/09/2011
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