Ivrogne !

Tu flottes tête en bas dans l’océan de vin,
Ivrogne ! Les yeux clos sur ton monde incertain,
Comme un rat tu tournes et retournes dans ta cage,
Tu te ronges les doigts et vomis dans ta rage.

Ivrogne ! Tu n’es pas la première victime
A plonger dans l’alcool anesthésiant l’infime,
L’insatisfaction sourde de tes jours perdus :
Ces draps souillés de larmes, cet amour non rendu.

Bois donc et bois encore et surtout, oublies-toi !
Fleurte avec l’inconscience et avec le coma.
Les vainqueurs de la vie finiront bien en vers,
Mais ne le savent pas, satisfaits de leurs airs.

Pisse sur les passants, pisse sur les bourgeois :
Regarde-les en face, leur mépris est bien là.
Les méfaits que tu fais sur ta propre santé
Choque l’ordre surfait de cette société.

Ivrogne, on te montre du doigt avec bonheur :
« Je ne suis pas comme ça, moi, j’ai de l’honneur,
Je pointe tous les jours, je suis bon citoyen
Et je sais m’occuper de mon propre jardin. »

Et vous refaites le monde au bistrot du coin
Sous l’œil intéressé du bistrotier malsain.
Le vin est très propice à déchaîner les rêves,
Mais la fausse amitié vous laisse sur la grève.

Ivrogne, tu as le vin triste ou vin mauvais.
Tu pleures ou tu cries, tu frappes aussi c’est vrai.
As-tu choisi ce long parcours, virant à mort
Sur l’asphalte des heures, buvant, buvant encore ?

Ivrogne, tu ne vois plus les carreaux cassés ;
Le carrelage gras, ni les murs fissurés.
Tu tombes n’importe où, sur ton lit, sur le sol,
Les bras en croix comme un pitoyable symbole.

Ivrogne ! Pourquoi donc Dieu inventa la vigne
S’Il souhaitait vraiment des humains à l’air digne ?
Avant de t’endormir, pense à ce charpentier :
Son fils dit que les premiers seront les derniers.

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5 novembre 2010



30/08/2011
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